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Quel rapport ?

genre

Face à des phénomènes globaux comme les changements climatiques on pourrait penser qu’en tant qu’homme ou femme nous portons une responsabilité similaire et que nous sommes également impacté·e·s de la même manière. Pourtant, si on se penche sur la question, on finit par découvrir de nombreux liens entre genre et changements climatiques.

Prenons l’exemple du transport. Les émissions belges de gaz à effet de serre ont augmenté de 26,3% entre 1990 et 2015. D’après l’étude Beldam, il apparait qu’en Belgique les femmes se déplacent plus en transport en commun que les hommes et que ceux-ci conduisent plus régulièrement que les femmes. Une autre différence majeure relevée par l’étude se marque dans les personnes restant à la maison. Si cette catégorie est quasi absente chez les hommes, elle concerne près d’une femme sur dix. Dans un de ses articles, Le Soir rapporte que trois utilisateurs sur quatre des voitures de société sont des hommes. Des associations soulignent aussi que les schémas de déplacement ne sont pas les mêmes selon les sexes : plus dispersés pour les femmes (afin de déposer les enfants à l’école de faire les courses, d’aller au travail) alors qu’ils sont uni-fonctionnels pour les hommes (pour aller au travail). Concernant la pratique du vélo, les hommes sont majoritaires parmi les cyclistes. Ainsi, à Bruxelles, les comptages réalisés par l’Observatoire du vélo en 2017 montrent que 64,1% des cyclistes sont des hommes dans la capitale. Cette proportion s’explique entre autres par la perception des risques différentes chez les femmes et les hommes. Dans d’autres villes avec de meilleures conditions de cyclabilité (ex Danemark) le nombre de déplacements à vélo effectués par les femmes dépasse celui des hommes. Le Cahier 5 de l’observatoire de la mobilité de la Région de Bruxelles capitale en conclut donc qu’« à cet égard, la présence des femmes parmi les cyclistes bruxellois représente autant un enjeu d’égalité de genre dans l’usage de l’espace public qu’un marqueur de la cyclabilité du réseau viaire bruxellois. »

Partant de ces constats, le SPF mobilité a lancé un appel à projets « les femmes à vélo ». L’objectif est de mettre sur pied des actions qui lèvent les éventuels obstacles à l’utilisation du vélo et qui s’adressent à un public féminin qui utilise peu, voire pas du tout le vélo.

Au delà de ces exemples symboliques, l’enjeu est de systématiquement prendre en compte la question du genre, soit des rapports hommes-femmes, dans les politiques d’atténuation et d’adaptation. Et c’est sans doute le plus difficile.

En effet, cela coince déjà au niveau de la représentation des femmes dans les instances de décisions. Si trois des quatre Ministres belges compétent·e·s en matières de climat sont des femmes, cela reste un exemple atypique. Les femmes sont en fait généralement sous représentées dans la plupart des instances de décisions ayant trait aux politiques climatiques que ce soit aux COP (les conférences annuelles sur le climat) ou dans les directions générales de la Commission européenne ayant trait aux changements climatiques et aux politiques environnementales. Qui plus est, même une représentation plus ou moins paritaire, n’est pas le gage d’une prise en compte du genre.

Les changements climatiques souvent plus présentés comme une menace sécuritaire et un problème technique que comme des phénomènes qui touchent directement les personnes. Des actions sont ainsi requises en matière de transport, d’énergie et de technologiques sans que l’on s’intéresse à la manière dont ces actions affectent les rapports hommes-femmes. On construit ainsi en apparence des politiques neutres qui en fait font l’impasse sur la question du genre.

Malgré tout, le lien entre changements climatiques et genre fait timidement son chemin. L’Accord de Paris inclut une référence à l’égalité des sexes dans son préambule et ses articles sur l’adaptation et le renforcement de capacité. Forte de cette disposition, la Belgique a récemment proposé l’inclusion d’une référence semblable dans le règlement européen gouvernance (qui porte sur la mise en place de plans nationaux énergie climat et le rapportage) et a réussi à obtenir le soutien du Conseil, ce qui laisse de bons espoirs quant au maintien de la référence dans la version définitive du texte. Les indicateurs de genre, première étape nécessaire pour agir en connaissance de cause, sont aussi plus nombreux qu’avant comme par exemple via les enquêtes citées plus haut et celles à venir comme MOBWAL et OVG.

L’élaboration par les différentes régions et le fédéral de leur plan air climat énergie 2030 représente donc une opportunité de prise en compte des rapports hommes-femmes à ne pas laisser passer.

 

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